Dans le Paris d’hier et d’aujourd’hui : sur les traces de Charlotte Corday.

Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont nait le 27 juillet 1768 à Saint-Saturnin-des-Ligneries. A la mort de sa mère, elle est placée à l’abbaye aux Dames par son père qui ne peut plus assumer son éducation; la famille, pourtant issue de l’aristocratie, étant désargentée. En 1790, les couvents sont fermés et Charlotte part vivre chez sa tante à Caen.

François Séraphin Delpech, Charlotte Corday

 

Le 10 août 1792, le roi est suspendu et incarcéré à la tour du Temple, ses partisans sont sommairement exécutés dans les premiers jours du mois de septembre. Dans son journal, L’Ami du Peuple, Jean-Paul Marat se réjouit de ces massacres.
En 1793, les Montagnards parviennent à faire exclure les députés Girondins qui se réfugient en province, notamment à Caen à l’Hôtel de l’Intendance, en face de la maison de la tante de Charlotte. C’est ainsi qu’elle participe aux réunions politiques et se rapproche des Girondins.
Elle y entend parler des massacres de septembre 1792 : pendant trois jours, une foule déchainée et paniquée par les rumeurs incessantes de complot se rue dans les prisons et y massacre 1300 prisonniers sans distinction. A ses yeux, Marat qui ne cesse d’appeler à la violence, est responsable de tous ces morts.

Descendante en ligne directe du grand dramaturge Pierre Corneille (elle en est l’arrière-arrière-arrière petite fille) et nourrit de ses tragédies, Charlotte Corday se croit de plus en plus investit d’une mission historique. Il n’est pas exclut que s’étant tellement identifiée aux héros cornéliens, elle ait souhaité mourir au nom de la patrie. D’ailleurs, certains historiens diront que l’assassinat de Marat a été la dernière pièce de Corneille. Selon Jean-Clément Martin, la fin du XVIIIe siècle est également marquée par la culture du sacrifice et, dans ce contexte, la figure de Judith décapitant Holopherne, est connue de toutes les jeunes filles.

Tony Robert-Fleury, Charlotte Corday à Caen en 1793

 

Le 9 juillet 1793, la citoyenne Corday quitte Caen pour Paris et descend dans le quartier du Palais-Royal pour séjourner à l’Hôtel de la Providence tenu par Mme Grollier, 19 rue des Vieux-Augustin. L’adresse correspond aujourd’hui au 14 rue Hérold mais l’ancien hôtel historique a été détruit en 1893.

Rue Hérold

14 rue Hérold, Paris

 

Ici elle apprend que Marat ne siège plus à la Convention à cause d’une grave maladie de peau. C’est un coup dur pour elle qui voulait l’assassiner devant les députés, à l’endroit même où il confisquait la liberté. Qu’importe, elle s’adapte aux circonstances et décide de le tuer chez lui. Le 13 juillet, elle se rend sous les arcades de l’ancien Palais-Royal chez le coutelier Badin et achète son arme : un couteau de cuisine ordinaire. Cette boutique se trouvait au 177 de l’actuelle galerie de Valois, actuellement occupée par le Ministère de la Culture.

La Galerie de Valois

La Galerie de Valois, Paris

176-177 Galerie de Valois, Paris

 

Elle se prépare ensuite à aller chez Marat, 20 rue des Cordeliers (aujourd’hui 20 rue de l’Ecole de Médecine) Sur place, il ne reste aucune trace de l’ancienne maison de Marat qui se trouvait sans doute quelque part au niveau de l’actuelle Université René Descartes. La rue devait alors plus ressembler à ce qu’elle est en amont (deuxième photo ci-dessous.)

20, rue de l'Ecole de Médecine, Paris

Rue de l'Ecole de Médecine, Paris

 

Il n’est pas aisé de rencontrer Marat car il fait l’objet de menaces récurrentes. Charlotte réussit pourtant à déjouer la surveillance de l’entourage du journaliste en feignant d’apporter la dénonciation civique des Girondins.
Celle qui vient tuer un tyran trouve un malade (Marat était mourant et n’avais plus que quelques mois à vivre selon les médecins contemporains.) Affecté par une grave maladie de peau, il passe ses journée dans sa baignoire dans une eau imprégnée de souffre. Malgré sa détermination et son dégoût, Charlotte dira qu’elle n’avait pas la force physique de frapper. Ce n’est que parce que Marat va menacer de tuer tous les Girondins qu’elle dira : « l’indignation que j’avais dans le cœur me montra le chemin du sien. » Elle frappe.

La mort de Marat est un sujet qui a énormément inspiré les peintres mais la représentation la plus célèbre reste celle de Jacques Louis David, ami de Marat, qu’il avait vu dans sa baignoire la veille de sa mort. Nous pouvons donc considérer que la peinture est relativement fidèle à la scène même si on ne peut exclure l’effet de propagande. La baignoire de Marat est d’ailleurs toujours visible au Musée Grévin.

L'Assassinat de Marat, Paul Baudry (1860)

Santiago Rebull, La Mort de Marat (1875)

L'Assassinat de Marat, Jean-Joseph Weerts (1880)

Jacques Louis David, La Mort de Marat (1793)

 

Charlotte est immédiatement arrêtée. On craint que son transfert à la prison de l’Abbaye ne se transforme en lynchage. Ci-dessous une gravure montrant la prison de l’Abbaye en 1793. Celle-ci fut le siège de spectacles sanglants pendant la Révolution. Elle a été détruite en 1854 afin de percer l’actuel boulevard Saint-Germain. Elle se trouvait à peu près au niveau des actuels numéros 166-168. Ironie du sort, la petite rue qui sépare aujourd’hui le 166 du 168 porte le nom de Passage de la Petite Boucherie…

Prison de l'abbaye en 1793, Paris Révolutionnaire, G. Lenotre (1895)

 

Malheureusement, la "mission" de Charlotte va échouer. Le pouvoir en place est persuadé qu’elle a agit sur ordre des Girondins. Ceux-ci seront condamnés en septembre de la même année et le pouvoir des Montagnards va s’affermir et précipiter la Terreur.
Charlotte Corday est très vite transférée à la Conciergerie et comparait le lendemain devant le Tribunal Révolutionnaire face à l’accusateur public Fouquier-Tinville.

Charles Louis Muller, Charlotte Corday en prison

 

Pas facile aujourd’hui de trouver l’ancien Tribunal Révolutionnaire qui se trouve au sein du Tribunal de grande instance de Paris. Rien n’est indiqué.
Pour le trouver, il faut se rendre jusqu’à la Salle des Pas Perdus. L’origine de cette appellation remonte au procès des Girondins conduit par le Tribunal Révolutionnaire, ceux-ci attendaient le verdict à l’extérieur en faisant les cent pas. Par extension, cette expression a fini par désigner l’attente dans les halls des tribunaux et des gares.

La Salle des Pas Perdus, Tribunal de grande instance, Paris

 

C’est dans la salle tout au bout, celle de la Première Chambre que se situe l’ancien Tribunal Révolutionnaire. Ravagée par l’incendie de 1871, la Grande Chambre a été reconstruite d’après les plans d’origine en ne tenant pas compte cependant du décor révolutionnaire.

Le Tribunal Révolutionnaire au XVIIIe siècle

Le tribunal Révolutionnaire aujourd'hui

Le Tribunal Révolutionnaire

 

Sans surprise, Charlotte Corday est condamnée à mort et doit être conduite à la guillotine revêtue de la chemise rouge des assassins. L’un de ses derniers souhaits est qu’un portrait d’elle soit réalisé dans sa cellule. Cette demande est tout à fait révélatrice de l’état d’esprit de la jeune femme : il y a vraiment l’idée d’un projet de postérité posthume.

Jean-Jacques Hauer, Portrait de Charlotte Corday (1793)

Mathieu Ward, Charlotte Corday La dernière toilette (1871)

 

Charlotte est guillotinée le 17 juillet, place de la Révolution, actuelle Place de la Concorde. Il est très difficile de définir avec exactitude l’emplacement exact de la guillotine.
Si vous avez des détails plus précis à ce sujet, n’hésitez pas à me contacter. Je laisse à Jules Michelet le soin de décrire les derniers instants de la descendante cornélienne dans son Histoire de la Révolution française :

« Les observateurs sérieux qui la suivirent jusqu’aux derniers moments, gens de lettres, médecins, furent frappés d’une chose rare : les condamnés les plus fermes se soutenaient par l’animation, soit par des chants patriotiques, soit par un appel redoutable qu’ils lançaient à leurs ennemis. Elle montra un calme parfait, parmi les cris de la foule, une sérénité grave et simple ; elle arriva à la place dans une majesté singulière, et comme transformée dans l’auréole du couchant.
Un médecin qui ne la perdait pas de vue dit qu’elle lui sembla un moment pâle, quand elle aperçut le couteau. Mais ses couleurs revinrent, elle monta d’un pas ferme. La jeune fille reparut en elle au moment où le bourreau lui arracha son fichu ; sa pudeur en souffrit, elle abrégea, avançant elle-même au-devant de la mort.
Au moment où la tête tomba, un charpentier maratiste, qui servait d’aide au bourreau, l’empoigna brutalement, et, la montrant au peuple, eut la férocité indigne de la souffleter. Un frisson d’horreur, un murmure parcourut la place. On crut voir la tête rougir. Simple effet d’optique peut-être ; la foule, troublée à ce moment, avait dans les yeux les rouges rayons du soleil qui perçait les arbres des Champs-Élysées.
La Commune de Paris et le tribunal donnèrent satisfaction au sentiment public, en mettant l’homme en prison. »

La Place de la Concorde autrefois Place de la Révolution

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4 réflexions sur “Dans le Paris d’hier et d’aujourd’hui : sur les traces de Charlotte Corday.

  1. Anonyme

    TRès intéressant, je ne connaissais pas du tout toute l’histoire avec autant de détails. Mais le "personnage" de charlotte corday m’a, étrangement toujours fasciné, ainsi que le tableau de JLDavid !

    • Si cela vous intéresse, il y a un numéro de Secrets d’Histoire qui lui a été consacré ainsi qu’un téléfilm avec Emilie Dequenne dans le rôle principal.
      Les deux sont visibles sur Dailymotion.

  2. Si l’on croit certaines gravures, la guillotine se trouvait à l’endroit même où se trouve aujourd’hui l’obélisque, place de la Concorde.

    • On m’avait parlé de cet emplacement et aussi de celui qui correspondrait à l’emplacement actuel de la statue qui symbolise la ville de Strasbourg. Je vais essayer de retrouver les gravures dont vous parlez. Merci beaucoup.

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